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Sayonara CP – Focus sur Kazuo Hara au Festival Filmer à Tout Prix

13 novembre 2011

Hier soir, ce fut au tour du réalisateur japonais Kazuo Hara de nous présenter ce qui fut en 1970 son premier documentaire : Sayonara C.P.

Les initiales C.P. désignent le diagnostic de Cerebral Palsy ; en d’autres termes : paralysie cérébrale. Ce documentaire artisanal, tourné en 16mm avec un matériel préhistorique, donne la parole à une sorte de club d’handicapés moteurs profonds, les « green lawn » (pelouses vertes), et nous fait partager leur quotidien, leurs espérances et leur vision du monde.

Le documentaire est indéniablement « hardcore ». Il commence d’entrée de jeu par la présentation du personnage central, Monsieur Yokota Hiroshi, qui préfère marcher en se traînant sur ses genoux plutôt que d’être en fauteuil roulant, s’aidant de temps en temps de ses coudes et de son menton, perdant du temps à ramasser ses lunettes imposantes qui tombent tout le temps à terre sous les mouvements anarchiques de sa tête et de tout ses membres. Il se traîne comme il peut pour retrouver d’autres « C.P. » de son club et se rassembler sur une artère pour diffuser leurs messages, demander une aide financière et faire en sorte qu’on les reconnaisse comme des humains et non comme des monstres rampants dans ce Japon des 70′s.

La démarche est réellement particulière et souvent on se croit dans un enfer de Dante, quand au travers de la caméra on se retrouve cerné de personnages difformes, s’exprimant avec difficulté et se mouvant dans des gestes brusques et désordonnés. Le spectateur est dérangé… mal à l’aise…

Comme le dit bien Emmanuel Massart du site desimages.be : « Hara renforce cet inconfort permanent par le refus de sous-titres (pour le public japonais) et un son désynchronisé, obligeant à tendre l’oreille devant ce que l’on ne comprend pas d’emblée. Le cadrage, de la main de Hara lui-même, porte la même violence, fusant sur les gens filmés, à portée d’œil, achevant d’épuiser à la fois le groupe de paralysés, lui-même, les citadins et finalement les spectateurs ».

Kazuo Hara fut traité de sadique quand il projeta pour la première fois son documentaire et on peut comprendre ce point de vue, tant les images sont choquantes et la prise de vue agressive. Cela étant, l’espace de 82 minutes, ces malades cessent d’être des êtres que l’on cache où l’on peut, et en partageant leur quotidien la différence entre Eux et Nous s’estompe… Ils ont les mêmes aspirations, les mêmes engueulades avec leur femme (handicapée également), le même plaisir à voir leur enfant grandir, les mêmes soucis d’avenirs… Le handicap, même profond, s’efface et nous fait voir les choses autrement. Un documentaire-choc, qu’on ne risque pas d’oublier après l’avoir visionné et qui a changé la vision sur le sujet du handicap que pouvaient avoir les Japonais en ces lointaines années.

La projection fut suivie d’un débat sur le fond et sur la forme, et sur la question de savoir si aujourd’hui un documentaire comme celui-ci serait possible. Force est de constater que le réalisateur lui-même ne croit pas à cette possibilité… Contrairement à ce qui se dit, nous sommes beaucoup plus « coincés » aujourd’hui qu’il y a 40 ans…

Tout le long du Festival, Kazuo Hara fera l’objet d’un focus nous faisant découvrir son œuvre. L’expérience sera d’autant plus passionnante qu’il a fait le voyage depuis le Japon pour nous présenter et nous expliquer son travail.

Un réalisateur à découvrir… sautez le pas !

POUR LA GALERIE PHOTO DE L’EVENT

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