40.000 personnes pour une manifestation européenne!

2009 mai 15
by kominterno

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C’est un brin éreinté que j’écris ces quelques lignes dans le train qui me ramène au bercail. Il y a à peine quelques heures j’étais encore un anonyme au milieu de la grande masse de personnes venues au rendez-vous le plus important de ce vendredi : la manifestation pour une Europe plus sociale et plus attentive au sort des ouvriers et employés qui en ce moment même, perdent leur travail, leurs perspectives d’avenir et celles de leurs enfants.

La manifestation devait partir de la Place Simon Bolivar qui borde la Gare du Nord. Rendez-vous des petites et grandes manifestations belges. Néanmoins aujourd’hui c’était une manifestation européenne et une monumentale manifestation de surcroît ! Selon les déclarations des observateurs de la police qui depuis leurs hélicoptères font un compte approximatif (souvent vu à la baisse), plus de 40.000 personnes se sont réunies pour rappeler au gouvernement que la crise touche avant tout ceux qui font fonctionner les usines et les sociétés de notre pays et de notre région au sens international du terme : l’Europe.

Car alors que ce matin même on pouvait encore lire dans les journaux que l’État allait se porter garant à auteur de 20 milliards d’euros pour soutenir la KBC, de l’autre côté de la barrière, ouvriers, employés mais également patrons de PME n’arrivent plus à joindre les deux bouts et sont menacés soit de faillite, soit de déconfiture sans qu’aucune aide vienne les secourir.

Les principaux slogans que l’on entendait dans la bouche des manifestants se rapportaient au fait que ce ne devrait pas être à la base, à la masse productive, de devoir pailler les pots cassés d’une crise qui est avant tout le résultat d’une mauvaise gestion et d’une recherche effrénée de plus de profits de la part des financiers, actionnaires majoritaires et administrateurs d’entreprise de tous bords, qui à l’heure actuelle brandissent la menace de devoir entraîner avec eux l’ensemble de leurs salariés s’ils ne reçoivent pas les aides nécessaires à la relance de leurs sociétés.

L’État est alors pris entre le marteau et l’enclume et choisit de donner d’énormes sommes d’argent pour sauvegarder l’emploi et l’économie générale du pays tout entier, même si après, quand les travailleurs n’arrivent plus à joindre les deux bouts et qu’ils demandent des augmentations salariales ou plus d’aides gouvernementales, on leur dit qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses de l’État.

Les manifestants que j’ai rencontrés aujourd’hui ne comprenaient souvent pas pourquoi quand on demande plus d’aide sociale on nous dit qu’il n’y plus un centime à octroyer et que quand les banques demandent de l’argent on arrive à débloquer des milliards. A vrai dire il y a des arguments qui permettent de critiquer la politique actuelle du gouvernement, comme des éléments qui permettent de justifier cette position. Néanmoins, au final, après mûre réflexion, les travailleurs sont de toute façon les éternels perdants de cette situation. En effet, si on décide de ne pas “rencaver” les banques, les sociétés et l’économie générale du pays s’écrouleraient ou du moins seraient dans un très mauvais état ; cela servirait certes de leçon à tous ceux qui se sont enrichis sans rien produire (car la spéculation financière n’est rien d’autre que faire de l’argent avec de l’argent, ce qui dans le fond est absurde), mais cela n’arrangerait pas non plus les affaires des travailleurs qui se retrouveraient également au chômage et criblés de dettes ; et la solution actuelle laisse également en plan les travailleurs, tout en s’efforçant de maintenir une certaine stabilité, quitte à ce que certaines sociétés partent à la déroute sans qu’aucune aide supplémentaire autre que le minimum syndical puisse être octroyée ; laissant des familles entières dans une fange monstre.

Ce qui m’indigne le plus dans la situation actuelle c’est qu’on demande à la “base” de faire des efforts supplémentaires et d’interpréter leur contrat de travail de façon plus souple parce que c’est la crise, mais les salaires et parachutes dorés des membres du conseil d’administration des sociétés qui s’effondrent, eux, ne peuvent pas être adaptés aux situations exceptionnelles que traverse l’économie mondiale, sous prétexte que leur contrat stipule ce genre de garanties financières… comme si ce qui liait les travailleurs à leur employeur n’était pas aussi un contrat tout ce qu’il y a de plus opposable. De plus, les principaux responsables de la situation dans laquelle se trouvent ces sociétés sont justement ces administrateurs qui s’en sortent avec des gratifications financières somptueuses! Ceci ne répond même pas à l’idéal libéral et capitaliste qu’ils prônent eux-mêmes à longueur de temps. En effet, les capitalistes n’en ont rien à cirer de faire dans le social : ceux qui travaillent bien et engrangent le plus de bénéfices sont les plus méritants et ceux qui sont le mieux rémunérés… les autres, les moins doués, les moins travailleurs, les moins éduqués, peuvent aller voir ailleurs s’ils y sont et crever la gueule ouverte s’il le faut. Dès lors, si on suit ce raisonnement, les gens qui ont conduit à la faillite leur société, qui on détruit des structures complètes du fait de leur incapacité à naviguer dans les eaux troubles de l’économie mondiale actuelle, ne devraient pas recevoir de bonus ou de quelconques compensations financières : ils ont foiré! Ils ne devraient donc avoir droit à rien en vertu de leur propre logique libérale! Mais il faut croire que même les règles du libéralisme sont biaisées et ne font qu’alimenter des parasites qui gagnent d’énormes sommes d’argent qu’ils soient méritants ou pas. Scandaleux! Je pense que pour responsabiliser nettement plus ces administrateurs, on devrait adopter des normes impératives pour que ceux-ci se portent caution personnelle de la survie de leur société et que s’ils ne produisent pas de bons résultats, leurs indemnités de départ soient rabotées considérablement. Il est absurde de récompenser des gens qui ont failli à leur mission!

Au final, ce qui est le plus “drôle” dans cette histoire, c’est que tous les financiers qui ne juraient que par les privatisations, le libre marché, sans aucune intervention de l’État pour pouvoir être plus flexibles, plus productifs et plus rentables, quémandent aujourd’hui devant les ministères pour que l’État investisse en masse dans leur entreprise ou se portent garant pour celles-ci, au point qu’on peut aujourd’hui parler pratiquement de “nationalisation” de ces fleurons du capitalisme, alors que ce terme il y a à peine 2 ans était un gros mot issu de ce qu’on considère comme la période la plus noire de l’Union Soviétique. Paradoxal vous ne trouvez pas?

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Alors d’ici quelques jours nous allons devoir voter pour élire les membres du Parlement Européen. Ceci est encore une autre préoccupation des travailleurs. Ils ne comprennent rien à cette grosse usine à gaz totalement opaque vue de l’extérieur ; ces institutions européennes ont un énorme problème de communication, doublé d’un problème de volonté politique d’aller vers une Europe plus sociale combiné avec des problèmes de droit communautaire qui réduisent à néant les quelques volontés de réformes sociales.

Ainsi, les travailleurs doutent de la volonté de faire du social qu’aurait le législateur européen, et il faut bien avouer qu’au niveau des faits, l’Union porte essentiellement sur des points économiques et les aspects sociaux ne ressortent pas vraiment, ce qui conforte d’autant plus leur opinion. Le fait qu’on s’apprête à adopter le Traité de Lisbonne qui n’est rien d’autre que le Traité Constitutionnel avec un coup de relooking (de l’aveu même du professeur de Droit Européen Melchior Wathelet père), n’arrange rien à cette situation de méfiance entre le citoyen et les institutions européennes.

Néanmoins, et c’est encore un paradoxe, il vaudrait mieux adopter un traité de Lisbonne ouvertement libéral, mais qui donne la possibilité d’adopter certaines normes communautaires importantes sans devoir récolter l’unanimité des voix des pays membres, que de stagner sous l’égide du Traité de Nice ad vitam! Car le grave problème que rencontre l’Union, c’est qu’il y a 27 pays membres et qu’il faut actuellement obtenir l’unanimité des voix pour adopter des normes qui pourraient avoir un réel impact dans les pays de l’Union ; Or, s’il y a bien un sujet où il est impossible de mettre tout le monde d’accord, c’est le sujet du social. Chacun a sa propre vision des choses en matière de sécurité sociale, par contre tout le monde est d’accord pour faire du business et engranger des bénéfices. Quand on évalue la situation sous cet angle on ne peut plus objectif, on se rend compte que les actions menées actuellement par l’Union Européenne sont nécessaires pour pouvoir aller vers plus de social en Europe. Alors pourquoi un tel manque de communication avec les populations de l’Union? C’est un défaut grave des institutions européennes qui risque de leur couter très cher à l’avenir!

Alors est-ce pour autant que ce long cortège allant de la Gare du Nord à la Gare du Midi était inutile? A ceux qui croient cela, je leur réponds que ce n’est pas en se taisant et en restant dans l’ombre qu’on fait entendre son opinion ; toute action même minime reste plus productive qu’une inaction totale. D’autre part, le rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs a le mérite de signaler qu’il y a une réelle volonté des citoyens d’avoir une autre Europe. Une Europe plus humaine, plus proche des populations européennes.

Dès lors, pour faire entendre leurs voix, des délégations de toute la Belgique, mais également de plusieurs régions de France, d’Espagne et d’Allemagne ont répondu présent à la 2ème Manifestation Européenne pour demander une Europe plus sociale. Cette marée humaine c’est déversée tout le long du Boulevard Albert, jusqu’à la Place de Brouckère pour continuer en passant par Anneessens et finalement arriver à la Gare du Midi pour écouter les discours des principaux leaders syndicaux au niveau européen (le principal étant la Confédération Européenne des Syndicats) et national (FGTB, CSC, CGSLB, CGT pour la France). Ces discours rappelaient avant tout qu’il est nécessaire de rester attentif à ce qui se passe au niveau Européen, de rester combatif quand tout ce pour quoi vous avez travaillé pendant tant d’années s’écroule ou risque de s’écrouler.

Nous verrons ce que l’avenir nous réserve mais il nous faut rester attentif à ce qui se passe dans notre société et ne pas penser que parce que ce sont des ouvriers qui sont touchés maintenant que vous, les employés, les indépendants et les futurs juristes qui me lisent, n’êtes pas concernés. Les meilleurs sociologues et économistes présagent que ceux qui devront payer la crise actuelle sont les jeunes qui ont entre 18 et 25 ans, et ce, sans discernement… Nous sommes donc tous concernés…

Le mal qui touche votre voisin aujourd’hui peut vous toucher demain et une société est un écosystème fragile où nous avons tous besoins des uns des autres. Au Chili, pays dont je suis originaire, on dit : “Une main lave l’autre et les deux lavent le visage”. Réfléchissez-y… ;-)

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