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Le Student Chronicles 2011 en Stats

1 janvier 2012

Cela fait maintenant plusieurs semaines que le blog n’a pas vu de nouvelles publications. Entre les procès fictifs, les examens, le journal de la Fac et du Cercle de Droit, et une vie privée, mon pauvre blog a écopé d’une hibernation sévère. Cela étant les statistiques que WordPress m’a fourni sont honorables et j’ai le plaisir de les partager avec vous chers lecteurs, car sans vous il n’y aurait plus de blog depuis longtemps et sans vous ses stats n’existeraient pas ou du moins pas sous cette forme. Je vous souhaite une bonne et heureuse année à tous et j’espère vous apporter de la bonne lecture tout au long de cette nouvelle année. Je vous laisse maintenant avec le rapport que m’a filé wordpress et qui est assez drôle dans ses comparaisons.

Ω

Les lutins statisticiens chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2011 pour ce blogue.

Voici un extrait:

La salle de concert de l’Opéra de Sydney contient 2 700 personnes. Ce blog a été visité environ 10 000 fois en 2011. Si c’était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 4 représentations à guichets fermés pour pour qu’autant de personnes le voient.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Evacuation dans la ville qui ne dort jamais…

20 novembre 2011

Cela fait maintenant plusieurs jours que les indignés New-Yorkais font des sittings et manifestent leur mécontentement vis-à-vis de la politique économique menée officiellement pour résorber les effets de la crise et améliorer le bien-être des citoyens (sic).

Les américains étant loin d’être les leaders mondiaux de la contestation et des manifestations citoyennes, ce mouvement qui fédère des milliers de citoyens est une immense surprise aux yeux du monde et nombreux sont les cybermilitants qui proposent des images vidéo ou des photographies témoignant de l’ampleur du mouvement. Ainsi, il y a quelques semaines c’était la vidéo d’un jeune vétéran de la guerre en Irak qui hurlait fermement à l’encontre des agents de police qui venaient déloger des Indignés qui a fait le buzz… seul contre tout un détachement policier, il vilipendait ces policiers qui réprimaient ce mouvement citoyen, alors que leur propre devise est de protéger et servir ces mêmes citoyens.

Le mouvement des indignés s’est également caractérisé par l’installation des manifestants dans des tentes pour créer des micros lieux de rencontre et d’échange pour tous ceux qui rêvent d’un monde régit sur base d’autres règles que les actuelles. A New York, c’est dans des parcs comme le parc Zuccotti qui se trouve dans le sud de Manhattan à proximité de Wall Street, que le campement s’était installé.

Ce campement était là depuis le 17 septembre, mais il y a quelques jours, le 15 novembre, la police est intervenue manu militari sur ordre du Maire républicain de New York, Michael Bloomberg, pour sortir tout le monde du Parc, nettoyer les lieux et ensuite empêcher toute entrée potentielle de citoyens qui voudraient s’y réunir pour protester.

Un cinéaste amateur a filmé cette expulsion peu soucieuse de la liberté d’expression et c’est ce témoignage que je voulais partager avec vous aujourd’hui.

 

(cliquez-dessus pour le voir sur Vimeo en plein écran)

En espérant que les Etats-Unis auront à l’avenir plus de respect pour leurs propres citoyens qui se révoltent face à une situation sociale qui se détériore chaque jour un peu plus pour les plus défavorisés d’entre eux, je vous dis à bientôt !

Kino Dok et remise de prix pour clôturer la 14e édition de Filmer à Tout Prix

19 novembre 2011

Voilà, le festival s’est terminé mercredi tard dans la nuit. Je n’ai pas eu l’occasion de revenir sur les derniers jours, le jeudi nécessitant un peu de récupération et le vendredi étant le jour du Traditionnel Bal de Droit de l’UCL, un grand moment !

Pour les derniers jours, le fait qui m’a le plus marqué en tant que passionné de vidéo, de photo et aimant fougueusement la communauté des geeks et leurs ressortissants, c’est le challenge de Kino(B), un « Kino-Kabaret ».

Comme le dit bien le descriptif sur site du Festival : « le mouvement Kino est un laboratoire de création vidéo intensive. Lors d’un KinoKabaret, chacun est invité, professionnel ou non, à participer à la réalisation de courts métrages en un bref laps de temps. La branche belge du mouvement, le collectif Kino(b), vous propose son premier KinoKabaret consacré au documentaire.

Le Kino(b) est donc un marathon de trois jours de création documentaire sous toutes ses formes (film d’auteur, expérimental, poétique, etc.), hors des modes de production traditionnels. Espace de rencontre et d’échange entre les participants, le Kino entend mêler l’urgence et la rapidité de création qui opèrent au sein d’un Kabaret avec les contraintes du documentaire ».

Réaliser un documentaire en 3 jours… Bien sûr, il s’agit de courts métrages, mais cela n’enlève rien au fait que c’est un sacré challenge à relever. Chaque groupe s’est ainsi attelé à réaliser un documentaire ; tous ces groupes étant empilés dans une petite aile du premier étage de Flagey, travaillant dans l’urgence, la passion et la convivialité.

4 jours plus tard, les spectateurs furent nombreux à vouloir voir le résultat de ces documentaires… Il a même fallu rejeter du monde, la salle étant pleine à craquer !

Le meilleur documentaire à mon sens fut celui qu’a réalisé un jeune de 14 ans sur les transports en communs bruxellois. Ce documentaire prenait un peu le ton d’un documentaire animalier, en usant d’une voix off décalée qui décrit savamment les différentes catégories d’usagers, d’arrêts, et soulignant avec humour tout ce qui ne fonctionne pas dans les transports publics. Une vraie pépite, si j’ai l’occasion de me procurer cette vidéo, j’essayerai de m’arranger pour le diffuser légalement.

Une galerie photo est mise à votre disposition ICI pour visualiser cet atelier de travail.

Enfin, le Festival s’est terminé par la remise des prix, dont quelques prix Henri Storck, ce qui est vraiment la grande classe pour un cinéaste de film documentaire, Storck étant considéré comme le père fondateur du film documentaire en Belgique !

Un des films primé fut d’ailleurs un excellent documentaire du nom de Safar, de Talheh Daryanavard, qui place le spectateur au milieu des discussions de 3 étudiantes iraniennes tout juste diplômées de l’université et qui voyagent en train pour atteindre le sud de l’Iran, de retour dans une vie active qui risque de les priver de la liberté qu’elles avaient acquise dans l’enceinte de leur fac’ de Téhéran.

Je vous avoue que je ne sais pas dans quel circuit on peut retrouver ces documentaires belges, très certainement d’ici un certain temps à La Médiathèque. Cela étant je vous encourage à regarder ces productions dont je vous ai parlé au long de 4 articles consacrés à la 14e édition du Festival Filmer à Tout Prix.

La 15e édition se tiendra en 2013, j’espère pouvoir y participer encore une fois et partager avec vous des découvertes cinéphiles :)

Tschüss !

“Empire of Dust” et Concert de Jazz… le Festival Filmer à Tout Prix continue…

14 novembre 2011

J’ai pris un peu beaucoup de retard dans la rédaction d’articles sur le festival, car photographier le festival et traiter les photos sont deux activités pour le moins chronophages.

Petit retour en arrière donc sur le dimanche 13 novembre, avec d’innombrables documentaires, dont certains m’ont vraiment parlé comme l’excellent Empire of Dust de Bram Van Paesschen, qui revient sur l’exploitation des mines du Katanga et plus particulièrement sur la ligne de chemin de fer obsolète du temps de la colonie belge et la construction de nouvelles routes goudronnées dernier cri installée par les Chinois… qui le font bien entendu parce qu’ils estiment que leur mission dans la vie c’est de voir le goudron se répandre dans le monde entier… ou peut-être alors parce qu’en échange ils reçoivent des concessions pour exploiter les mines de cobalt, de radium et plein d’autres minéraux indispensables pour la production industrielle métallurgique et technologique de masse. Bref, ce documentaire est, au risque de faire un raccourci hasardeux, une sorte de Katanga Business mis à jour (Empire of Dust datant de cette année) où on suit un chinois au Katanga et ses pérégrinations en ces terres minières.

Un autre documentaire qui a été diffusé est un documentaire beaucoup plus ancien, tourné par un des grands réalisateurs que compte la Belgique, Joris Ivens. Intitulé … A Valparaiso, ce documentaire décrit la principale ville portuaire que compte le Chili… Une sorte de San Francisco miséreuse, construire à flanc de collines, avec des téléphériques et des monte-charge qui constituent une sorte de métro en hauteur. Les pauvres vivent sur les terres les plus abruptes et les riches au bord de l’eau. Le documentaire montre les deux mondes qui cohabitent sans jamais se mélanger, et nous plonge dans le rythme de la cité entre bagarres de bar et docks qui ne dorment jamais.

Le boulot a fait que je n’ai pas pu le revoir, mais le souvenir est toujours aussi fort, c’était un des premiers métrages belge que j’ai vu étant petit… et si un jour vous tombez dessus n’hésitez pas à le regarder.

Pour couronner le tout, au Foyer Flagey – la cantina des lieux – après que tout le monde s’y soit repu, un concert de Jazz est venu égayer la soirée. Une longue journée cinématographique se terminant avec quelques verres et de la musique… que demander de plus ?

 GALERIE PHOTO

 

Sayonara CP – Focus sur Kazuo Hara au Festival Filmer à Tout Prix

13 novembre 2011

Hier soir, ce fut au tour du réalisateur japonais Kazuo Hara de nous présenter ce qui fut en 1970 son premier documentaire : Sayonara C.P.

Les initiales C.P. désignent le diagnostic de Cerebral Palsy ; en d’autres termes : paralysie cérébrale. Ce documentaire artisanal, tourné en 16mm avec un matériel préhistorique, donne la parole à une sorte de club d’handicapés moteurs profonds, les « green lawn » (pelouses vertes), et nous fait partager leur quotidien, leurs espérances et leur vision du monde.

Le documentaire est indéniablement « hardcore ». Il commence d’entrée de jeu par la présentation du personnage central, Monsieur Yokota Hiroshi, qui préfère marcher en se traînant sur ses genoux plutôt que d’être en fauteuil roulant, s’aidant de temps en temps de ses coudes et de son menton, perdant du temps à ramasser ses lunettes imposantes qui tombent tout le temps à terre sous les mouvements anarchiques de sa tête et de tout ses membres. Il se traîne comme il peut pour retrouver d’autres « C.P. » de son club et se rassembler sur une artère pour diffuser leurs messages, demander une aide financière et faire en sorte qu’on les reconnaisse comme des humains et non comme des monstres rampants dans ce Japon des 70′s.

La démarche est réellement particulière et souvent on se croit dans un enfer de Dante, quand au travers de la caméra on se retrouve cerné de personnages difformes, s’exprimant avec difficulté et se mouvant dans des gestes brusques et désordonnés. Le spectateur est dérangé… mal à l’aise…

Comme le dit bien Emmanuel Massart du site desimages.be : « Hara renforce cet inconfort permanent par le refus de sous-titres (pour le public japonais) et un son désynchronisé, obligeant à tendre l’oreille devant ce que l’on ne comprend pas d’emblée. Le cadrage, de la main de Hara lui-même, porte la même violence, fusant sur les gens filmés, à portée d’œil, achevant d’épuiser à la fois le groupe de paralysés, lui-même, les citadins et finalement les spectateurs ».

Kazuo Hara fut traité de sadique quand il projeta pour la première fois son documentaire et on peut comprendre ce point de vue, tant les images sont choquantes et la prise de vue agressive. Cela étant, l’espace de 82 minutes, ces malades cessent d’être des êtres que l’on cache où l’on peut, et en partageant leur quotidien la différence entre Eux et Nous s’estompe… Ils ont les mêmes aspirations, les mêmes engueulades avec leur femme (handicapée également), le même plaisir à voir leur enfant grandir, les mêmes soucis d’avenirs… Le handicap, même profond, s’efface et nous fait voir les choses autrement. Un documentaire-choc, qu’on ne risque pas d’oublier après l’avoir visionné et qui a changé la vision sur le sujet du handicap que pouvaient avoir les Japonais en ces lointaines années.

La projection fut suivie d’un débat sur le fond et sur la forme, et sur la question de savoir si aujourd’hui un documentaire comme celui-ci serait possible. Force est de constater que le réalisateur lui-même ne croit pas à cette possibilité… Contrairement à ce qui se dit, nous sommes beaucoup plus « coincés » aujourd’hui qu’il y a 40 ans…

Tout le long du Festival, Kazuo Hara fera l’objet d’un focus nous faisant découvrir son œuvre. L’expérience sera d’autant plus passionnante qu’il a fait le voyage depuis le Japon pour nous présenter et nous expliquer son travail.

Un réalisateur à découvrir… sautez le pas !

POUR LA GALERIE PHOTO DE L’EVENT

Tahrir – Première projection du festival Filmer à Tout Prix

12 novembre 2011

C’est donc hier soir, avec un peu de retard, que le premier film du Festival du Film Documentaire « Filmer à Tout Prix » a été projeté. Il s’agissait du documentaire égyptien « Tahrir » de Stefano Savona.

Tahrir, pour ceux qui ne le savent pas, était le nom de l’énorme place égyptienne qui se trouve au Caire, où des centaines de milliers de manifestants ont protesté, campé, se sont battus avec les contre-révolutionnaires pendant deux semaines, avant que Moubarak n’ait d’autre solution que de fuir le pays. Aujourd’hui cette place s’appelle la « Place de la Révolution » et après avoir vu le documentaire, plus personne ne pourra nier son droit à s’appeler ainsi.

Ce documentaire vous plonge dans la peau d’un Cairote en plein milieu du soulèvement populaire contre Hosni Moubarak, début 2011. On assiste aux discussions politiques entre manifestants, à l’organisation développée pour apporter de la nourriture et des soins aux insurgés, au démantèlement des dalles de la place pour en faire des projectiles et résister aux attaques de mystérieux vandales qui se révéleront être à la solde de Moubarak, bref, une immersion totale.

On est immergé dans la foule – entre un paysan décharné et un dandy en colère – accompagnant cette masse populaire dans ses espoirs, dans la violence, dans la tristesse, les déceptions et finalement… dans la victoire. Néanmoins, certains manifestants ne sont pas dupes : Moubarak est tombé, mais le système reste en place ; l’armée a pris le contrôle du pouvoir après avoir forcé la démission de Moubarak, cette même armée qui avait mis Moubarak au poste de président de la république des décennies auparavant, et on sent que rien ne changera avec la simple chute de Moubarak. Le documentaire se termine sur les images d’une femme désespérée de voir le peuple partir de la Place de la Révolution, alors qu’elle sait pertinemment, elle, que tout reste à faire, que rien n’a changé et que si le peuple relâche la pression le pays continuera d’avancer dans une voie ignorante de la démocratie.

Les applaudissements furent des plus nourris et il faut avouer que bien des passages interpellent le spectateur sur sa propre attitude dans la vie courante, sur la valeur que l’on donne à la liberté, sur ce qu’on est prêt à sacrifier pour cette valeur et pose également la question de savoir à quel point une révolution strictement pacifique peut réellement faire changer les choses.

Ce fut une soirée exceptionnelle pour un début de festival, avec de nombreux spectateurs, des personnalités comme la Ministre de la Culture, Fadila Laanan ; le président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Charles Luperto ; une quirielle de réalisateurs de documentaires ; un représentant du Fonds Henri Storck. On ne pouvait rêver mieux…

Après le documentaire, lui-même précédé d’une présentation du film par Penelope Bortoluzzi qui a monté « Tahrir », un verre de l’amitié a permis à tout le monde de discuter, s’exprimer sur ce documentaire et sur la situation actuelle en Egypte. Le débat s’est posé et s’est développé jusque tard dans la nuit… Mission accomplie pour ce premier soir de Festival…

GALERIE PHOTO DE L’EVENT

Festival Filmer à Tout Prix

11 novembre 2011

C’est aujourd’hui que la 14e édition du festival du Cinéma Documentaire « Filmer à Tout Prix » a été inaugurée à Bruxelles, Place Flagey.

C’est en effet au centre culturel Flagey, dans la très prestigieuse ex-Maison de la Radio, qu’a débuté le festival au travers de la première projection, celle du film documentaire « Tahrir ».

Le festival comporte deux compétitions cette année, dès lors deux jurys répondent à l’appel : un jury pour la « compétition belge » qui comme on peut s’en douter aura pour tâche de récompenser les meilleurs documentaires de notre Royaume, et un jury « Premières Œuvres » qui récompensera la première réalisation d’un cinéaste en herbe.

Au fil des jours, plusieurs documentaires en concours ou hors-concours seront projetés. Certains seront projetés au Flagey, d’autres à la Cinematek, d’autres encore au Bozar et un film de 12h sera projeté en 5 parties à l’Espace Magh.

Les documentaires seront répartis également autour de thématiques. Ainsi, à la Cinematek, les documentaires vont tourner autour du thème de l’adolescence ; au Bozar autour du documentaire polonais, etc.

Après une brève présentation du Festival par Renaud Bellen, le directeur du GSARA (l’asbl qui organise le festival à Flagey), et par le directeur artistique de l’évènement, Alexander Weiss, le premier film projeté fut « Tahrir » de Stefano Savona. Je reviendrai demain au travers d’un article sur ce documentaire assez puissant, filmé au cœur de la révolution égyptienne de 2011 contre le régime de Moubarak, sur la place Tahrir.

Ce festival est prometteur, car il dépoussière le style du film documentaire, tordant le cou à certaines idées reçues sur les types de sujets abordés, sur le mode de réalisation (certains documentaires ont par exemple été tournés avec un gsm), le public cible (certains documentaires sont destinés principalement aux enfants), etc.

C’est l’occasion de s’ouvrir à des pans moins connus de la cinématographie et je ne peux que vous encourager à y aller.

Pour plus d’infos sur le programme, le prix de l’entrée, et tutti quanti, je vous propose de vous rendre sur le site officiel du Festival Filmer à Tout Prix en cliquant ici.

Pour rester au courant du déroulement du Festival, suivez le blog du festival qui sera continuellement mis à jour par des étudiants en communication qui apportent bénévolement leur savoir-faire à cet évènement.

A très bientôt !

Un Mai 68 à la Sauce Chilienne

14 octobre 2011

Cet article fut préalablement rédigé par mes soins en tant que rédacteur dans Le Bègue, le Journal du Cercle et de la Faculté de Droit de l’UCL et publié dans cette revue. Il arrive avec un peu de retard, exclu oblige, sur ce blog.

Vous ne le savez peut-être pas, mais cela fait maintenant des mois qu’au Chili les étudiants de tous niveaux confondus – primaires, humanités, universités – ont pris possession de leur école et/ou du macadam de leurs villes respectives.

Peut-être ne voyez-vous pas l’intérêt de lire un article sur le sujet… Le Chili vous semblera probablement lointain – et géographiquement parlant vous auriez raison – mais c’est un pays qui d’un point de vue institutionnel et politique a beaucoup de similitudes avec les pays occidentaux. Une économie relativement florissante grâce à l’industrie minière et un niveau socioculturel nettement plus élevé que dans bien d’autres pays d’Amérique Latine, ont permis d’éviter la terrible misère d’autres pays latino-américains comme le Guatemala, le Honduras ou la Bolivie. Ce qui se passe là-bas, au Chili, est donc une expérience intéressante pour nous européens.

LES RACINES DU MAL

Il fut un temps, au début des années 70, où les plus grands rêves sur la question sociale étaient sur le point de devenir réalité ; c’était le temps de l’Unité Populaire et du premier Président Socialiste démocratiquement élu au Chili : Salvador Allende Gossens (oui, le nom de famille qui lui vient de sa mère est belge, son grand-père ayant émigré au Chili à la fin du XIXe siècle). Ces rêves, que même en Europe nous ne pouvons concevoir aujourd’hui, prenaient forme grâce à Allende, tout en faisant croître l’ire des grandes transnationales et d’une oligarchie puissante qui causèrent sa perte.

Un des points fort du programme politique d’Allende était l’éducation… Dans un pays où l’analphabétisme était élevé parmi les classes sociales populaires et où l’accès à l’éducation supérieure n’était réservé qu’aux citoyens disposant d’un niveau de revenu important, les mesures prises durant le gouvernement socialiste constituaient un bouleversement.

Parmi ces mesures en matière d’éducation, on peut dénombrer : une attribution de 20% du budget annuel à l’éducation (alors qu’on tournait autour des 7% auparavant) ; une couverture des frais de scolarité à 100% pour les enfants élèves du primaire ; soins médicaux gratuits pour ces mêmes enfants ; petit-déjeuner et déjeuner gratuit toujours pour les primaires. De surcroît, l’accès aux humanités a été facilité et financé de façon à ce que la population ayant accès aux études d’humanité soit la plus volumineuse jamais enregistrée ; même les écoles privées reçurent des subventions de l’Etat pour qu’elles accueillent en leur sein des élèves d’origines plus modestes.

Par ailleurs, un programme d’alphabétisation des adultes a été lancé : en 1970 (1ère année de la présidence) 126.776 adultes suivaient un cours d’alphabétisation… 3 ans plus tard, 593.698 adultes apprenaient à lire et à écrire.

Ce n’est pas tout ! Au niveau de l’éducation supérieure, les changements se firent sentir considérablement également. En 1970, 79.000 étudiants universitaires étaient recensés à l’échelle nationale… 3 ans plus tard se furent 158.347 étudiants universitaires qui étaient présents dans les grandes universités du pays, grâce aux bourses allouées et à l’amélioration de la formation dans l’éducation inférieure. Cela étant, ces chiffres ne représenteraient pas un grand changement, si ce changement n’avait pas porté sur l’origine sociale de ces étudiants. En effet, selon une étude de 1962 commandée par Allende du temps où il était sénateur, 98% des élèves de la prestigieuse université d’Etat – l’Université du Chili – étaient issus des classes sociales les plus hautes, 2% venaient de familles d’ouvriers, et absolument aucun fils de paysan ne suivait d’études supérieures dans cet établissement.

Grâce à ces bourses et ces subventions, sous Allende, l’Université de Concepción par exemple, dénombrait 48% d’étudiants issus de familles aux revenus modestes. L’éducation de la population atteignait son zénith et le niveau des professionnels diplômés n’était que meilleur, car bien des élèves brillants mais sans argent avaient alors accès aux études supérieures et devenaient des professionnels de qualité dont le pays avait grand besoin.

Seulement voilà, la dictature du général Augusto Pinochet est passée par là… Financée par des transnationales américaines comme l’American Fruit Company, la Kennecott Copper Company, l’Anaconda Copper Company, l’ITT et j’en passe ; soutenue par la CIA et des grosses huiles de Washington comme Henry Kissinger pour qui, de son propre aveu, la dictature était ce qui pouvait arriver de mieux pour les intérêts américains (comble de l’ironie, il reçût un Prix Nobel de la Paix la même année que le coup d’Etat), l’œuvre d’Allende allait s’effondrer.

Sous le régime de Pinochet, toutes les avancées sociales en matière d’éducation furent détricotées sans problème (sans Parlement c’est tout de suite plus facile) et furent concomitamment posés les jalons d’une idéologie néolibérale venue tout droit de l’Ecole de Chicago ; école d’économie américaine où avaient été formés les cadres supérieurs en matière économique de la junte – surnommés les Chicago Boys – qui dictèrent toute la politique économique de l’Etat chilien pendant ces années noires.

Ce sont précisément ces jalons qui sont à l’origine des problèmes rencontrés aujourd’hui au Chili. En effet, sous la dictature de Pinochet, la législation sera modifiée de façon à donner dans le « tout au privé »…. Je sais que bon nombre de mes camarades étudiants partagent cette vision, soulignant le gain d’efficacité qui en résulterait. Les faits démontrent néanmoins le contraire, d’où l’intérêt de nous pencher sur le laboratoire économique et social qu’est le Chili.

SITUATION ACTUELLE

Parmi ces mesures néolibérales, le concept de « tout au privé » fut également appliqué à l’éducation. Comme le préconisait Hayek, l’Etat lâche son emprise sur le sujet et le privé le supplante, s’autocontrôlant selon les lois de l’offre et de la demande. Ainsi, l’éducation supérieure qui était financée antan à 90% par l’Etat, l’est aujourd’hui à auteur de moins de 10%.

Résultat des courses : aujourd’hui l’éducation chilienne est une éducation à vitesses multiples et d’une qualité souvent médiocre. L’éducation est devenue « un bien de consommation parmi d’autres », dixit le Président libéral Piñera ; les établissements dispensant cette éducation sont donc des unités de business.

Les universités privées ont poussé comme des champignons depuis la dictature – du fait de l’application de la libre entreprise à l’enseignement – proposant des programmes d’étude divers et variés. Néanmoins, le problème réside dans la philosophie de l’éducation. A partir du moment où le patron d’un établissement a une vision de patron de supermarché et non de pédagogue, toutes les jauges sont faussées : le but n’est plus de former de bons professionnels pour le pays, mais d’engranger de plantureux bénéfices. Dès lors, il faut accueillir un maximum d’étudiant, raboter les frais (même si cela doit diminuer la qualité de l’enseignement), et ne pas être trop exigeants comme ça les étudiants réussissent et continuent de payer leurs cotisations de minerval pendant 5 ans sans aller voir chez la concurrence.

Evidemment, comme nous sommes en présence d’un libre marché, l’Etat ne finance que relativement peu les établissements privés qui doivent par conséquent se débrouiller tous seuls dans le respect de la libre concurrence. Dès lors, le besoin d’engranger du bénéfice tout en recevant peu de subsides signifie que l’étudiant doit débourser un maximum pour ses études, tant inférieures que supérieures.

 

Exemple concret

Imaginons que vous êtes rhétoricien et vous vous sentez l’âme d’un gladiateur de prétoires, vous vous voyez donc déjà dans une faculté de Droit. La première barrière va être la Prueba de Selección Universitaria ou Test de Sélection Universitaire, forme de Bac Français qui déterminera votre niveau de connaissance scolaire ; vos résultats détermineront alors l’éventail d’universités auxquelles vous aurez le droit d’accéder. Si vous visez les grandes universités comme l’Université du Chili ou l’Université Catholique Pontificale du Chili, il vous faudra un maximum de points : impossible si vous ne venez pas de grandes écoles d’humanité.

Pour rentrer dans ces grandes écoles de l’enseignement supérieur, vous devrez payer de solides sommes d’argent, car les études inférieures sont également à vitesses multiples, variant selon vos moyens financiers. L’élite des écoles pour les études inférieures sont par exemple l’école « Nido de Aguilas » (Nid d’Aigle… le nom veut tout dire) ou encore le « Grange School » de Santiago : formation internationale très complète, apprentissage des langues en bas âge, infrastructures scientifiques, culturelles et sportives inimaginables pour l’européen moyen. Seulement voilà, ceci a un coût.

Alors, imaginons que vos parents ont mis toutes les chances de votre côté pour vous envoyer à l’Université du Chili et depuis votre plus tendre enfance ils vous ont envoyé à The Grange School. Cela signifie que vos parents ont dû débourser 2 UF  pour avoir le droit de déposer un dossier de demande d’inscription (je reviendrai sur ce qu’est un UF plus tard), soit 65€. Ensuite, en guise de frais d’inscription – à payer une fois par an – ils ont du débourser 150 UF, soit 4.679€ ! Mais ce n’est pas tout : une distinction est faite entre les frais d’inscription (le droit d’être inscrit) et les frais de scolarité (le paiement proprement dit des cours qui sont dispensés) ; dès lors, vos parents ont dû payer à titre de frais de scolarité 423.000 pesos, soit 648€ par mois ! A ceci s’ajoutent des frais d’assurance, des frais de cotisation pour les associations de parents, etc. (le détail des frais est disponible ici).

En somme, pour avoir le nec plus ultra de l’éducation de vos maternelles jusqu’à votre rhéto’, il faut aller dans une école privée où chaque année vous coûte grosso modo dans les 12.000€. A titre de comparaison, dites-vous que le salaire minimum légal au Chili est de 242€ par mois.

Reprenons notre exemple. Comme vous êtes sorti de la meilleure école qui soit, vous passez votre Test de Sélection Universitaire haut la main. Vous pouvez donc choisir n’importe quelle université, même la plus exigeante. De ce fait, vous décidez d’opter pour la plus prestigieuse : l’Université Pontificale Catholique du Chili (de par son caractère pontifical, elle est autonome par rapport à l’Etat chilien et ne reçoit d’ordre que du Vatican… vu les moyens financiers qu’elle brasse, cette université a même sa propre chaîne de télévision).

Pour avoir le droit de vous y inscrire, après avoir fourni vos résultats du Test, vous devrez débourser la somme de 150€. Ensuite, vous serez bon pour verser des cotisations mensuelles pour un total de 6.015€ par an. Ce minerval correspondant aux études de Droit, où il n’y a pas beaucoup de frais matériels à envisager ; je vous laisse imaginer le minerval pour des études de médecine qui sont plus chères à cause des labos, des dissections et du matériel médical coûteux.

Il faut maintenant mettre les choses dans leur contexte. Si 6.015€ de minerval par an sont déjà lourds à payer pour l’européen occidental moyen, je vous laisse imaginer à quel point cela est difficilement gérable pour les classes moyennes et les classes populaires d’un pays latino-américain ou énormément de familles ne vivent qu’avec le minimum légal.

Malgré tout, au Chili comme ici, tout le monde court après un diplôme pour pouvoir trouver un travail décent et proposer à sa future progéniture autre chose que des chips et du cola au petit déjeuner. De ce fait, la seule solution pour pouvoir aller à l’Université est d’emprunter de l’argent à la banque… C’est usuel, les deux tiers des étudiants doivent passer par là, et des formules « alléchantes » sont proposées chaque année aux rhétoriciens qui sortent de leur école. Seulement au Chili, grâce aux Chicago Boys de Pinochet, les choses sont plus complexes qu’elles ne pourraient l’être (ce n’est pas une exclusivité belge, non…)

UN CRÉDIT SANS FIN

Les économistes chiliens ont inventé il y a longtemps maintenant le concept de « Unidades de Fomento », couramment appelées UF. Il s’agit d’une unité qui permet de donner à un bien mobilier ou immobilier d’un coût conséquent, une valeur qui prend en compte la dévaluation de la monnaie, l’inflation, de façon à préserver la valeur monétaire du bien. De ce fait, un bien en vente a une valeur variable, toujours croissante, car l’unité UF augmente de quelques centimes tous les jours, sans jamais pouvoir décroître !!!

Cette technique empêche un problème récurrent ici en Europe : la dévaluation du bénéfice du vendeur/prêteur.

Exemple selon le modèle européen : vous achetez une voiture pour 20.000€, avec un crédit sur 6 ans au taux d’intérêt annuel fixe de 5%. Le temps passe, et même si l’euro venait à souffrir une terrible dévaluation, vous ne devrez à votre concessionnaire que vos 20.000€ de capital, majoré des intérêts valant 6.000€ dont le paiement est étalé sur les 6 ans. En tant qu’acheteur, le système vous est favorable si l’euro voit sa valeur diminuer pendant les 6 ans ; vous sortez perdant si l’euro voit sa valeur augmenter pendant les 6 ans. Le vendeur est, inversement à l’acheteur, perdant ou gagnant selon que l’on soit dans la première hypothèse ou la seconde.

Exemple selon le modèle chilien : vous achetez une voiture pour 613 UF (l’équivalent à 20.000€ au 25 octobre 2011), avec un crédit sur 6 ans au taux d’intérêt annuel fixe de 5%. Le temps passe et, chaque jour, la valeur d’1 UF augmente de quelques dixièmes de cents d’euro. De ce fait, tous les jours le capital que vous devez rembourser augmente ! Dès lors, au bout des 6 ans vous devez toujours 613UF, mais ces 613 UF ne valent plus 20.000€ mais bien 30.000€ ! Or, du fait que le capital a augmenté, les 5% de taux d’intérêt fixe ne représentent plus 6.000€ comme dans le modèle européen, mais un peu plus de 7.500€ grosso modo. Dans ce modèle, l’UF ayant une valeur toujours grandissante, le vendeur est toujours gagnant quoiqu’il arrive et il l’est d’autant plus que le crédit dure plus longtemps, puisque l’UF aura eu le temps de faire croître le capital dû par l’acheteur et par conséquent les intérêts.

De ce fait, un étudiant en sciences vétérinaires, peut parfois prendre 20 ans pour rembourser le prêt qu’on lui a fait pour financer ses études, puisque plus le temps passe, plus le capital et les intérêts augmentent.

LE MOUVEMENT ÉTUDIANT EN MARCHE

La nouvelle génération de chiliens, libérés de la terreur des années de dictature où la junte avait réussi à annihiler la moindre parcelle de capacité contestataire, n’hésite plus à faire valoir ses droits et à descendre dans la rue, prendre possession de leur établissement scolaire, communiquer, faire bouger le reste de la population.

Cela fait maintenant 6 mois que les étudiants ont pris les rues des principales villes du Chili ; le gouvernement n’en avait cure au début, mais depuis que les associations de parents, les syndicats ouvriers, les pensionnés, accompagnent chacune des marches organisées par les étudiants, l’affaire a pris une autre tournure.

Les étudiants sont menés par une délégation de la Confech, la confédération des étudiants chiliens, qui regroupe toutes les fédérations étudiantes qui représentent l’entièreté des universités, des hautes écoles et des écoles d’humanités qui sont également très organisées et politiquement actives.

Le président Piñera voyant dans les sondages sa cote de popularité dégringoler et passer sous la barre des 20% de citoyens satisfaits de sa politique gouvernementale, s’est vu dans l’obligation de commencer des tractations avec les délégués étudiants.

Ces délégués ont des qualités de tribuns et une connaissance du dossier de l’éducation exceptionnelles. Galvanisant les foules, ayant des capacités de négociations hors pair, ils négocient directement avec le Président les conditions d’un retour au calme : une éducation démocratique, financièrement accessible et de qualité pour tous les citoyens.

Ces délégués étudiants sont : Camila Vallejo, Giorgio Jackson, Francisco Figueroa et Gabriel Iturria. Les trois premiers représentent les 3 universités les plus prestigieuses et historiques du Chili, le dernier représente les étudiants du secondaire.

Camila Vallejo est d’ailleurs devenue l’égérie du soulèvement étudiant, de par ses capacités politiques immenses, son élocution, sa maîtrise des données politiques du Chili et sont calme légendaire dans la tempête, alors qu’elle a subi des menaces de mort de la part des partisans du président de la République et que d’immenses pressions s’exercent sur elle.

Le mouvement a pris une tournure d’autant plus sérieuse qu’un étudiant a été abattu par un agent de police par erreur.

La semaine dernière, ces délégués sont venus faire une tournée expresse en Europe pour que les politiques européens fassent pression sur le gouvernement chilien pour trouver une solution rapide et favorable aux étudiants en grève. Le Bègue était sur place au Parlement Européen pour recueillir directement l’information auprès des acteurs principaux du mouvement étudiant… vous saurez tout sur cette visite européenne dans un prochain article  ;)

Stanford University… Des cours pour et par des passionnés…

4 septembre 2011

Hello à tous ! Je ne publie qu’un tout petit post aujourd’hui pour relayer une information qui ne manquera pas d’intéresser les lecteurs attirés par les sciences et les technologies.

En effet, l’Université de Stanford (à Palo Alto, Californie) a ouvert depuis quelques jours les inscriptions à des cours à distance pour toute personne qui souhaiterait s’instruire autour de thématiques bien précises. M’étant inscrit il y a déjà 2 mois, l’université a commencé à contacter les pré-inscrit pour l’inscription définitive. Il est dès lors temps de se lancer pour ceux qui seraient intéressés.

Les trois modules disponibles sont :

Chaque module sera subdivisé en 2 niveaux : Basique et Avancé. Vous devrez choisir l’un ou l’autre, sachant que les modules des différents niveaux sont dispensés en même temps entre octobre et décembre (du moins pour le module Introduction to Artificial Intelligence) et que vous aurez suffisamment à apprendre avec un seul niveau.

Ces cours sont exceptionnels à plus d’un titre. Tout d’abord, ils sont dispensés par la prestigieuse Stanford University, ensuite les professeurs chargés du cours sont des passionnés et des éminences sur le sujet (il s’agit de Sebastian Thrun et Peter Norvig), et pour finir, les cours sont totalement gratuits !

Pour le premier module, un livre est recommandé mais est non obligatoire, il s’agit du fameux : Artificial Intelligence: A Modern Approach (3e édition) écrit par ceux-là même qui donneront cours. Si vous ne trouvez pas cet ouvrage en Belgique ou en France, un site le propose gratuitement en pdf ici (ce qui ne vous dispense pas de l’acquérir dès que vous le trouvez en version papier, les ayants-droit de cet ouvrage le méritent amplement).

Pour plus de renseignement, n’hésitez pas à cliquer sur les liens de cet article.

Ce sont déjà plus de 56.000 étudiants qui se sont inscrits de par le monde… viendrez-vous grossir les rangs ?

A très vite ! ;)

Révolution Libyenne : une atmosphère de médias en mousse…

2 septembre 2011

Pour inaugurer la rentrée, je voulais écrire un article pour juristes, mais l’intoxication médiatique atteint des niveaux tels en ce moment que je ne peux résister à l’envie de gueuler un bon coup sur le sujet du moment : la Libye.

Kadhafi est tombé. Un bien ? Un mal ?… Un peu des deux sûrement. Seul l’avenir nous le dira.

Cela étant, depuis la chute de Tripoli, les médias du monde entier essayent d’obtenir du sensationnel, de rapporter du croustillant, de faire d’un reportage de JT quelque chose d’aussi spectaculaire qu’un blockbuster américain… au point de dire n’importe quoi, n’importe comment, à tout instant.

Comme je le disais sur Facebook à des amis il y a quelques heures, pendant le Journal Télévisé d’RTL-TVI (visible ici à 29’30’’), la journaliste Alix Battard en direct de Paris déclarait que Kadhafi détenait dans divers comptes en banque des actifs s’élevant à plusieurs centaines de milliards de dollars… Ah oui ? De qui se moque-t-on ? Réfléchissons… l’homme le plus riche du monde qui soit recensé dans le classement Forbes est le mexicain Carlos Slim Helú qui possède 74 milliards de dollars d’actif… soit 25% d’actifs en plus que Bill Gates, 2e du classement, rien que ça. Ainsi, le plus riche des princes d’Arabie Saoudite, Alwaleed Bin Talal, n’a « que » 20 milliards de dollars… Après tous ces chiffres, comment croire que Kadhafi détient plusieurs fois la fortune de ces hommes réunis ??? Soit…

D’autre part, les médias adulent les hommes du Conseil National de Transition – l’organisation politique qui coordonne la lutte et la gestion des différentes villes tombées aux mains des insurgés – comme des révolutionnaires défenseurs de la liberté, du Droit et du progrès. Les pays de la coalition occidentale, France en tête, qui ont soutenu le CNT militairement et politiquement, reçoivent d’ailleurs aujourd’hui les leaders de l’organisation comme des chefs d’État et continuent à soutenir leurs actions.

Or, si les médias ont raison de dénoncer les atrocités commises durant le régime du Colonel Kadhafi, il est absolument inacceptable à mes yeux que l’on nous diffuse des images « des rebelles qui ne laissent pas s’échapper les partisans de Kadhafi » tout en expliquant que la lutte continue contre les dernières poches de résistance des soldats pro-Kadhafi, alors que ce que les images montrent ce sont des hommes (sûrement kadhafistes j’en conviens) sortant en courant de leur véhicule, désarmés et fuyant les rebelles, qui se font finalement tirer dans le dos, abattus comme des chiens… Dès lors, ceci ne devrait pas s’appeler « une tentative de neutralisation des soldats Kadhafistes », mais devrait plutôt s’appeler « crime de guerre » ! Comment des journalistes peuvent omettre de souligner le caractère criminel de ces actes de façon claire au moment où on diffuse ces images ?! Ces images – passées entre autre le 30 août dernier dans le JT de 19h d’RTL-TVI (visible ici, à 32’ 39’’) – avec des commentaires journalistiques pareils, ne font que diffuser l’idée que les crimes de cette espèce n’en sont pas, quand ceux-ci sont commis par les amis des « gentils alliés » contre les « méchants ennemis de la liberté ». Scandaleux.

Ensuite, aujourd’hui à Paris se tenait une réunion internationale à l’initiative de la France et de la Grande-Bretagne pour discuter avec des représentants du CNT. Tout le monde a salué l’opération et les discussions sur la « feuille de route de la démocratie » et il est évident que c’est une bonne chose de pouvoir discuter à tête reposée de ce qui va devoir être fait pour que la Libye puisse sortir la tête de l’eau. Mais quelle ironie…

Quelle ironie quand, aujourd’hui même, un blog du journal Le Monde a fait preuve de courage dans le contexte ambiant, dénonçant l’attitude de la France dans son appui au Colonel Kadhafi pour lutter contre l’opposition en 2008.

En effet, la France a envoyé des experts des services de renseignement de l’armée française pour former les services de renseignement libyen à l’utilisation du Système Eagle, de fabrication française (créé par Amesys, filiale de Bull), qui est un système permettant de traquer tout utilisateur d’Internet qui se connecterait à une liste de sites déterminés. Le système aurait été mis en place à partir de juillet 2008 aux dires d’un ancien soldat français envoyé sur place. Une fois opérationnel, le système a permis l’arrestation, la torture et l’incarcération de nombreux Libyens… et a permis un bénéfice de 10 millions d’euros à une entreprise française avec l’aide de l’armée.

L’article en question a été envoyé aux oubliettes du web, et aucun média télévisuel ou de plus grande diffusion n’a pris la peine de mettre le doigt sur la collaboration française avec le régime de Kadhafi, alors que le président Sarkozy déclarait au monde : « Il y a eu des dizaines de milliers de vies épargnées en Libye grâce à notre intervention (…) c’était le devoir de l’Europe de se préoccuper elle-même de l’équilibre et de la paix dans les zones qui lui sont proches et c’est un progrès par rapport à ce qui s’est passé il y a quelques années ». Quel cynisme…

Enfin, l’avenir nous dira si une ultime contradiction ne viendra pas nous latter la face… Les journaux allemands et britanniques font preuve du plus grand scepticisme à l’égard de certaines composantes d’appui du CNT qui sont ouvertement liées à Al-Qaeda. Ainsi, l’Occident – qui mène des guerres en Afghanistan et en Irak soi-disant au nom de la lutte contre le terrorisme – se retrouve à appuyer et fournir une assistance militaire sur le champ de bataille (car malgré la résolution 1973 de l’ONU des soldats du SAS britannique se sont retrouvés sur le terrain pour aider les rebelles à prendre Tripoli afin de réaliser leur mission principale qui est celle de capturer Kadhafi) à certains membres d’organisations contre lesquelles les troupes occidentales se battent sur d’autres fronts. D’ailleurs, la présence des forces spéciales du SAS est également ironique quand on sait qu’en 2009 ces commandos avaient été envoyés en Libye pour former les troupes de choc de l’armée de Kadhafi.

Autant de contradictions, de crimes, d’injustices, sans qu’aucun média télévisuel français ou belge de grande audience ne vienne mettre le doigt dessus, me semble vraiment une illustration du grand n’importe quoi actuel de la couverture des évènements Libyens.

J’espère sincèrement que la Libye pourra recouvrer sa liberté sans payer un tribut élevé aux pays de la coalition et que le CNT sera responsable et traduira en actes ce qu’ils énoncent en paroles. Pour s’en assurer, un contre-pouvoir est important, indispensable même… c’est une garantie démocratique ; c’est pourquoi je plaide pour un réel travail critique dans le chef de nos journalistes et non cette mascarade infâme que l’on nous sert maintenant.

En attendant que les choses s’améliorent, restez critiques… aujourd’hui, plus que jamais, l’esprit critique est fondamental.

A très vite ! :D

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